Economie

Après 5 milliards de pertes en bourse, Drahi revient aux commandes d’Altice qui en doit 50

Patrick Drahi, le patron du groupe météoritique Altice, propriétaire de SFR, BFM, Libé et L’Express, reprend les rênes d’une entreprise lestée par 50 milliards d’euros de dettes et une capitalisation boursière en chute libre.

Début novembre, des mauvais chiffres de SFR, qui contribue pour près de 50% à l’activité totale du groupe Altice (-75 000 clients et un chiffre d’affaires en recul de près de 2%), ont plombé le cours du titre à la Bourse Euronext. L’action Altice a perdu près de 25% en une semaine, soit l'équivalent de cinq milliards d’euros de capitalisation boursière. Il devenait urgent d’envoyer des signaux rassurants aux investisseurs. Aussi, le 9 novembre dans la soirée, le groupe a annoncé dans un communiqué «la réorganisation de la direction et de la gouvernance du groupe en liaison avec la démission [le jour-même] de Michel Combes, directeur général d'Altice, directeur d'Altice USA et PDG de SFR Group».

Patrick Drahi redevient officiellement président du conseil d’administration d’Altice et Dexter Goei, son homme de confiance, déjà directeur général d'Altice USA est, lui, nommé directeur général d'Altice et aura donc les commandes opérationnelles du groupe.

Fin de la retraite anticipée à Zermatt

17 mois après avoir disparu de l’organigramme du groupe, quand l’action d’Altice était au plus haut, Patrick Drahi va devoir convaincre que l'endettement, qui culmine actuellement à près de 50 milliards d’euros – soit plus de trois fois la capitalisation boursière –, ne menace pas la survie du groupe qu’il a créé 15 ans plus tôt. Il va aussi, sans doute, devoir s’éloigner pour un temps, de Zermatt, dans le canton suisse du Valais où il est domicilié fiscalement. Un statut particulièrement avantageux pour la neuvième fortune de France, selon le classement 2016 de Challenge, qui le plaçait après Pierre Castel et sa famille, propriétaires du groupe de vins et spiritueux du même nom, mais devant le magnat des transports et des médias Vincent Bolloré.


De 2,3 à 50 milliards d'euros d'endettement entre 2013 et 2015

Jusqu’ici le parcours de Patrick Drahi ressemblait plutôt à ce qu’on appelle désormais une success story. Au début des années 2000, il avait racheté des réseaux de télécommunications câblés jusqu'à devenir le numéro un en France avec Numericable. Puis, entre 2014 et 2015, il avait fait preuve d’une véritable boulimie d’acquisitions. Coup sur coup, il avait racheté SFR, Virgin Mobile, L'ExpressLibération et le groupe BFM TV-RMC. Il avait ensuite acquis Portugal Telecom et les réseaux câblés américains Suddenlink et Cablevision. En deux ans il a déboursé 65 milliards d’euros grâce à des pools bancaires particulièrement enthousiastes. Sa dette est ainsi passée de 2,3 milliards d'euros en 2013 à près de 50 milliards d'euros en 2015.

Ce qui est sûr, c'est que si on le voulait, le marché nous donnerait encore plus de dettes !

Pour des entrepreneurs de ce calibre, la dette c’est plutôt le problème des banques. Ainsi en septembre 2016, Bernard Mourad, qui allait quitter la direction d'Altice Media Group pour rejoindre l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron, affirmait sur France Inter : «Ça ne veut rien dire, 50 milliards de dettes. Il faut regarder ce qu'il y a en face : des actifs de grande qualité qui génèrent du cash-flow, de la rentabilité.» Interviewé par Les Echos, le directeur financier du groupe, Dennis Okhuijsen, confiait même : «Ce qui est sûr, c'est que si on le voulait, le marché nous donnerait encore plus de dettes !»


Le retour de Drahi n’a pas encore rassuré la Bourse

Mais l’heure n’est plus aux acquisitions. L’urgence est de faire remonter le cours du titre. A défaut, Altice pourrait devenir la proie d'une OPA hostile. Après des records au moment de l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017 et un plus haut, au-delà de 23 euros le 9 juin, l'action Altice n’a cessé de baisser pour clôturer, le 9 novembre, à moins de 11 euros. L’annonce du retour aux commandes du fondateur et principal actionnaire du groupe, n’a pour le moment pas suffi à rassurer : en fin de matinée, le 10 novembre, le titre d’Altice ne valait plus que 10,20 euros, frôlant son plus bas historique.

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