Economie

Présentation de la réforme des retraites reportée : Panot crie victoire, méfiance chez les syndicats

Attendue pour le 15 décembre, la présentation de la réforme de retraites par l'exécutif a été repoussée au 10 janvier. Le Républicain Eric Ciotti y voit «un alibi aux hésitations», LFI se réjouit d'une «première victoire», les syndicats se méfient.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé ce 12 décembre le report au 10 janvier de la présentation de la réforme des retraites, initialement prévue pour le conseil des ministres du 15 décembre. 

«Cela permet d'avoir quelques semaines de plus pour que celles et ceux qui [...] viennent de prendre des responsabilités puissent, sur quelques éléments-clés de la réforme, échanger avec le gouvernement», s’est justifié le chef de l'Etat en ouvrant la deuxième session plénière du Conseil national de la refondation (CNR) à l'Elysée. 

Une allusion transparente aux congrès de partis du week-end dernier à l'issue desquels Eric Ciotti a été élu à la tête des Républicains (LR) et Marine Tondelier désignée secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Emmanuel Macron a aussi évoqué les élections dans la fonction publique qui «ont empêché certaines discussions avec les organisations syndicales».

«Le gouvernement ne sait pas encore très bien où il va. Leur texte n'est pas prêt», a réagi auprès de l'AFP le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti. Et d’ajouter : «Pour l'instant je ressens cela comme un alibi aux hésitations, plus qu'un souci de négociation.»

Pour LFI «Macron bat déjà en retraite»

Nombre d'opposants ont annoncé se préparer à le bloquer par tous les moyens, de la rue au Parlement, la France insoumise appelant notamment à une mobilisation le 21 janvier, dans la lignée de sa «marche contre la vie chère». «Première victoire ! Le projet de retraite à 65 ans n'est pas encore présenté que Macron bat déjà en retraite», a réagi sur Twitter Mathilde Panot, à la tête des députés LFI, confirmant l'action du 21 janvier. 

Le gouvernement a précisé le calendrier des prochaines semaines. Ainsi Elisabeth Borne va débuter une série de rencontres avec les présidents de groupes parlementaires les 12, 14 et 15 décembre, selon Matignon qui ajoute qu’elle recevra les organisations professionnelles et les organisations syndicales «la semaine du 2 janvier». Le texte devrait ensuite être adopté en Conseil des ministres le 18 ou 25 janvier.

Pour préparer les esprits, l'exécutif multiplie les entretiens à la presse, les réunions de travail à Matignon et les dîners au sommet à l'Elysée. Cependant les annonces du Premier ministre semblent connues d'avance et laissent présager un report de l'âge légal de départ en retraite de 62 à 64 voire 65 ans.

Les organisations syndicales ont acté le report, s'interrogeant sur les motivations du gouvernement. «Je pense que l’exécutif est très inquiet – et il a raison – de ce que va être la mobilisation en janvier», a relevé François Hommeril, président de la CFE-CGC. Selon le dirigeant syndical le gouvernement «s’est mis lui-même dans l’impasse», et «prolonger cette concertation de deux semaines ou d’un mois ne change rien».

Même son de cloche du côté de la CGT qui déplore «une annonce bizarre» montrant «la fébrilité» du gouvernement. «Ils voient qu’ils ne gagnent pas idéologiquement sur la réforme. La population reste opposée», a estimé la secrétaire confédérale, Céline Verzeletti. 

Entrée en vigueur à l'été 2023

Du côté de la CFTC, on se voulait un peu plus optimiste. «C’est une bonne chose. L’agenda allait trop vite, on n’avait pas le temps d’être écoutés, on travaillait dans l’urgence», a réagi Pascale Coton, vice-présidente de l'organisation. «On espère que ce n’est pas juste pour que les Français passent de bonnes vacances et de bonnes fêtes», a-t-elle ajouté. 

«Si le gouvernement prend du temps pour nous écouter, peut-être qu’on arrivera à le convaincre, mais si c’est simplement pour gagner du temps... », a déclaré de son côté Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa. 

Malgré ce report, le gouvernement veut maintenir le vote du projet de loi au printemps et une entrée en vigueur à l'été. Une urgence justifiée pour l'exécutif par le retour durable de déficits, qui dépasseraient 12 milliards en 2027.