L’Afrique entend profiter de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies pour renforcer sa demande d’une représentation permanente au Conseil de sécurité. Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, conduit à New York une délégation de responsables africains avec pour objectif de faire entendre une position commune sur la réforme du système multilatéral, notamment en matière de paix et de sécurité.
L’UA défend une réforme jugée nécessaire pour rendre le Conseil de sécurité plus représentatif de l’ordre international actuel. Selon sa position, fondée sur le consensus d’Ezulwini adopté en 2005 et la Déclaration de Syrte, l’Afrique doit obtenir au moins deux sièges permanents dotés de l’ensemble des prérogatives, y compris le droit de veto tant que celui-ci existe, ainsi que cinq sièges non permanents.
Le continent ne dispose actuellement d'aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Celui-ci compte 15 membres, dont cinq permanents – Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie – et dix membres élus pour des mandats de deux ans. L'Afrique occupe régulièrement des sièges élus, mais reste absente de la catégorie permanente..
L’Afrique du Sud entend notamment utiliser les négociations intergouvernementales engagées aux Nations unies pour faire progresser cette revendication. Son ambassadeur auprès de l’ONU à New York, Mxolisi Sizo Nkosi, a indiqué que Pretoria souhaitait accélérer les discussions sur l’élargissement du Conseil et continuer à défendre le consensus d’Ezulwini.
Pour Pretoria, l’absence de l’Afrique parmi les membres permanents ne correspond ni au poids démographique du continent, qui compte plus d’un milliard d’habitants, ni à son importance économique et géopolitique. L’ambassadeur sud-africain souligne également que de nombreux conflits auxquels le Conseil de sécurité doit répondre se déroulent sur le continent africain.
Washington oppose son veto au droit de veto
La question des pouvoirs associés à ces futurs sièges constitue toutefois l'un des principaux points de désaccord. Selon les éléments présentés dans les textes, les États-Unis se sont déclarés favorables à l’attribution de deux sièges permanents à l’Afrique, mais sans droit de veto. Une formule qui ne correspond pas à la position de l’UA, qui réclame des sièges disposant des mêmes prérogatives que les autres membres permanents.
La réforme se heurte également à des divergences au sein même du continent. Le consensus d’Ezulwini prévoit que l’Afrique désigne elle-même ses représentants, mais les États membres n’ont pas encore arrêté de mécanisme contraignant pour départager les différentes candidatures.
Plusieurs puissances régionales sont susceptibles de prétendre à ces sièges, notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte. Les rivalités entre le Maroc et l’Algérie compliquent également l’émergence d’une position commune en Afrique du Nord, tandis que plusieurs pays d’Afrique de l’Est mettent en avant leur rôle diplomatique et sécuritaire.
Deux pistes de compromis sont évoquées : une répartition géographique entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, ou un système de rotation entre les cinq régions du continent. Cette dernière option soulève toutefois la question de la permanence institutionnelle attachée aux sièges concernés.
Au-delà de la composition du Conseil, l'UA met en avant une contradiction entre son ambition de renforcer l'autonomie africaine et sa dépendance financière vis-à-vis de partenaires extérieurs. L'Union africaine tire en effet une part importante de son budget et de ses opérations de paix et de sécurité de financements internationaux.