À l’occasion de l’atelier national sur les rôles et les responsabilités de l'organe national de mise en œuvre du programme d’énergie nucléaire (NEPIO), organisé avec la participation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le ministre sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, a indiqué qu’après avoir pris la décision politique, son gouvernement s’engageait à mettre en œuvre le passage vers « l’ère nucléaire » dans le pays « avec méthode, rigueur et responsabilité ». Cette ambition s’inscrit dans le cadre de l'agenda national de transformation « Sénégal 2050 », a rappelé le ministre, soulignant la volonté d’accélérer l'accès universel à l'électricité, d'industrialiser son économie, de transformer davantage ses ressources sur place et de disposer d'une énergie abondante, stable et compétitive.
« Une centrale nucléaire n’est pas seulement un ouvrage industriel »
El Hadji Abdourahmane Diouf a également indiqué que l’Organe national de mise en œuvre du programme d’énergie nucléaire vise « un programme national crédible, finançable, sûr et maîtrisé », et ce, grâce à la mise en place d'institutions spécialisées dans ce secteur et au développement de compétences nationales, ainsi qu'au renforcement du cadre juridique et réglementaire.
Le ministre a souligné aussi la nécessité d'opter pour la technologie nucléaire la plus adéquate au système électrique sénégalais, en l'occurrence les petits réacteurs modulaires (SMR), qui, selon la presse sénégalaise, représentent la technologie la plus adaptée aux réseaux de taille intermédiaire.
Selon le ministre de l’Énergie et du Pétrole, les parties prenantes à ce projet, incluant les citoyens, les élus, la société civile, le secteur privé et les médias, doivent être impliquées dans une démarche à la fois transparente et fondée scientifiquement. Il a aussi souligné les principes directeurs du projet, à savoir la sûreté, la sécurité, les garanties, la protection radiologique et la non-prolifération. « Il n'y aura ni précipitation ni raccourci. L'approche par étapes de l'AIEA exige que chaque condition soit démontrée avant le passage à l'étape suivante », a-t-il insisté, rappelant l’adhésion du Sénégal au Traité de non-prolifération et à la Convention sur la sûreté nucléaire.
Inclure le nucléaire dans le mix énergétique
D’après le ministre sénégalais, l’énergie nucléaire ne se substituera pas au gaz et aux énergies renouvelables, mais s’inscrit plutôt dans la refonte du mix énergétique national pour plus de diversité, de résilience et de compétitivité et pour stabiliser la production énergétique afin de réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures et de contenir le coût du kilowattheure, qui demeure assez élevé par rapport aux autres pays de la région.
Citée par la presse locale, Catherine Diop, directrice de la transition énergétique, a précisé l’apport de la technologie nucléaire dans la production électrique sénégalaise. « Trois SMR de 300 MW pourraient couvrir environ 20 % des besoins nationaux en 2050, avec un coût projeté entre 60 et 100 dollars par MWh, soit entre 36 et 60 francs CFA par kWh (soit 0,064 à 0,11 dollar américain, NDLR) ». À ce coût avantageux s’ajoute une faible empreinte carbone et une densité énergétique exceptionnelle allant jusqu'à 1 000 watts installés par mètre carré.
Il convient de noter que le Sénégal dispose de partenariats techniques et financiers pour l’élaboration de son projet de centrale électronucléaire, dont notamment la Banque mondiale qui soutient le projet. Les délégations du Kenya et de la Pologne assistent également au NEPIO, qui développent leurs programmes nucléaires civils et qui devraient échanger leurs expertises avec le Sénégal. « Mais nous construirons notre propre modèle, adapté à notre système électrique, à nos capacités financières, à notre industrie et à nos ambitions de souveraineté », a précisé El Hadji Abdourahmane Diouf.