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Tunisie : les coupures d’eau et d’électricité fragilisent plusieurs secteurs économiques

Les ménages tunisiens ne sont pas les seuls à subir les coupures d’eau et d’électricité. Restauration, pharmacie et agriculture enregistrent également des pertes qui menacent leurs activités, alors que le pays traverse une canicule particulièrement intense.

Cette saison estivale restera marquante pour les Tunisiens, rarement pour de bonnes raisons. La canicule et son cortège de coupures d’eau et d’électricité ont plongé le pays dans une crise dont les conséquences dépassent largement les désagréments subis par les ménages. Elles pénalisent lourdement plusieurs pans d’une économie déjà fragile.

Industriels, commerçants, agriculteurs, distributeurs et restaurateurs dressent des bilans alarmants. À chaque interruption de ces services vitaux, les pertes s’accumulent. Les autorités invoquent la nécessité du délestage pour prévenir un scénario plus grave : celui d’une panne générale du réseau électrique.

Les restaurateurs dénoncent une rupture d’égalité

Sur les ondes de la Radio nationale, le président de la Chambre nationale des propriétaires de restaurants, Islam Chaabane, a livré des chiffres inquiétants : près de 70 % des restaurants du pays auraient été pénalisés par les coupures d’électricité. Les 30 % restants correspondent principalement à des établissements implantés dans les zones touristiques.

Cette différence de traitement nourrit un sentiment d’inégalité parmi les professionnels. Les établissements touristiques auraient été préservés afin de protéger un secteur essentiel pour les recettes en devises et l’image de la Tunisie sur les marchés internationaux.

Pour les restaurants dépendant de la chaîne du froid, quelques heures sans électricité peuvent suffire à rendre impropres à la consommation viandes, poissons, fruits, légumes et autres denrées périssables. À ces pertes s’ajoutent les annulations de réservations, la baisse de fréquentation et les coûts liés au redémarrage des équipements.

Conjuguées à une inflation persistante, ces difficultés fragilisent davantage un secteur sous tension depuis plusieurs années. Aucun mécanisme d’indemnisation n’a encore été annoncé par l’État, ce qui alimente l’exaspération des restaurateurs.

La chaîne du froid pharmaceutique menacée

Dans un communiqué publié le 22 juillet, le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de Tunisie a alerté sur les conséquences des coupures de courant pour la conservation de certains médicaments. Plusieurs produits pharmaceutiques exigent en effet le respect strict de la chaîne du froid. Toute interruption prolongée peut réduire leur efficacité, voire les rendre impropres à l’usage, avec les risques que cela comporte pour la santé publique.

Face à l’urgence, l’Ordre des pharmaciens a proposé une réunion avec les responsables de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz afin de rechercher des solutions immédiates susceptibles de limiter les effets du délestage. L’organisme souhaite également élaborer un plan préventif garantissant la continuité des services pharmaceutiques et anticipant de nouvelles perturbations.

À Kébili, la récolte de dattes sous la menace

Les agriculteurs paient eux aussi le prix des coupures régulières d’électricité qui affectent le pays depuis plusieurs jours. Les cultures maraîchères sont touchées, tout comme la production de dattes, filière stratégique de l’économie tunisienne.

Dans le gouvernorat de Kébili, la vague de chaleur et les interruptions électriques ont endommagé plusieurs pompes utilisées pour irriguer les oasis. À cette période décisive de l’année, toute interruption de l’irrigation retarde les travaux agricoles et peut compromettre la prochaine récolte.

« Le dysfonctionnement des systèmes d’approvisionnement en eau pourrait affecter la qualité de la production de dattes, car les palmiers nécessitent un apport constant en eau à cette période de l’année », a expliqué Hakim Mrabet, responsable du syndicat local de l’agriculture et de la pêche maritime à Kébili.

Le responsable syndical a également évoqué les « difficultés structurelles du système local de gestion de l’eau ». Selon lui, la plupart des coopératives agricoles de la région sont endettées auprès de la STEG, ce qui complique davantage l’entretien et la gestion des réseaux d’irrigation.

L’armée mobilisée pour approvisionner les régions

Face aux pénuries, plusieurs unités de l’armée tunisienne ont déployé, le 23 juillet, des camions-citernes afin de ravitailler les populations en eau potable. Selon la presse tunisienne, plusieurs régions connaissent depuis près de deux semaines des perturbations de l’approvisionnement, provoquées par les coupures électriques et les pannes des pompes alimentant les réseaux d’eau potable.