Afrique

Tunisie : les coupures de courant fragilisent le tourisme et l’agriculture

Les coupures tournantes d’électricité et les perturbations de l’approvisionnement en eau se multiplient en Tunisie sous l’effet de la canicule et d’une consommation record. En pleine saison touristique et agricole, les pertes s’accumulent tandis que la justice cherche à établir les responsabilités.

Depuis plusieurs jours, la Tunisie affronte une vague de canicule accompagnée de délestages électriques et de perturbations de l’approvisionnement en eau dans de nombreuses régions.

Pour éviter une panne générale, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a procédé à des coupures tournantes. La forte utilisation des climatiseurs a porté la demande à des niveaux exceptionnels, mettant sous tension des capacités de production et des réseaux déjà fragiles.

L’électricité manque alors au moment où le pays en a le plus besoin : pour refroidir les logements, faire fonctionner les pompes à eau, irriguer les cultures, conserver les marchandises et accueillir les touristes.

La haute saison touristique sous la menace des délestages

Dans le Cap Bon, l’afflux estival augmente fortement la consommation d’eau et d’électricité. Aux besoins des habitants s’ajoutent ceux des touristes, des estivants tunisiens et des résidents établis à l’étranger.

À Kélibia, onze touristes italiens ont écourté leurs vacances en raison des interruptions répétées de courant et d’eau potable. L’épisode reste localisé, mais il révèle le risque que fait peser la crise sur l’image d’une destination soumise, en pleine canicule, à des services irréguliers.

Les hôtels, les maisons d’hôtes, les restaurants et les commerces doivent composer avec les coupures, parfois sans préavis. Une chambre sans climatisation, un restaurant privé de réfrigération ou une plage sans eau courante peuvent rapidement transformer les vacances en départ anticipé.

La tomate privée d’eau et les usines de courant

Dans le Cap Bon, la crise frappe également la filière de la tomate. Lorsque le courant s’interrompt, les systèmes d’irrigation cessent de pomper. La chaleur, elle, ne s’interrompt pas.

Près de 35 % de la récolte locale serait désormais menacée. En aval, plusieurs unités de transformation ont suspendu ou réduit leur activité : sur les quatorze usines de la région, seules cinq à six demeureraient opérationnelles.

Le temps joue contre les agriculteurs. Une tomate qui n’est ni irriguée, ni transportée, ni transformée à temps devient une perte sèche. Les producteurs perdent leurs récoltes ; les industriels, leurs approvisionnements ; le pays, une partie de sa production.

Les élevages avicoles sont confrontés au même danger. Sans ventilation, les bâtiments deviennent des étuves. Sans réfrigération, les entrepôts et les commerces risquent la rupture de la chaîne du froid.

Des coupures sous enquête

Face à l’ampleur des perturbations, plusieurs parquets ont ouvert des enquêtes judiciaires. Les juridictions de Tunis, Tunis 2, Nabeul, Sfax et Bizerte figurent parmi celles qui cherchent à déterminer les circonstances des coupures prolongées, parfois intervenues sans annonce préalable.

Les investigations devront distinguer ce qui relève de la surcharge exceptionnelle, des défaillances techniques, du manque d’anticipation ou d’éventuels manquements dans la gestion du réseau.