La crise énergétique engendrée par la fermeture du détroit d’Ormuz, dans un contexte de guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, a engendré une opportunité inattendue pour les constructeurs de véhicules électriques chinois, qui dominent déjà ce marché à l’échelle mondiale, en stimulant la demande africaine de motos et de bus électriques assemblés dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest à partir de composants chinois, a fait savoir un article du Financial Times, publié ce 22 juin.
L’utilisation des véhicules électriques est en plein essor dans les pays d’Afrique de l’Est qui trônent à l’échelle continentale en matière d’utilisation de mototaxis, de tuk-tuks à trois roues et de bus électriques, dans le cadre d'une explosion des commandes et levées de fonds spectaculaires réalisées par entreprises et start-ups spécialisées dans ce type de véhicules comme en construction d’infrastructures de ravitaillement en électricité.
Des coûts convaincants à tous les niveaux
Le succès des véhicules électriques chez les professionnels des transports africains se doit surtout à des coûts journaliers convaincants, selon le Financial Times qui a cité les déclarations de Brian Njao, responsable du financement de la mobilité électrique chez M-Kopa, une plateforme fintech londonienne présente en Afrique, faisant état d’une augmentation de 20 % du coût de ravitaillement à la pompe depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, passant de 4,20 dollars à 5,10 dollars par jour. « Un véhicule électrique peut parcourir la même distance pour 2,30 dollars », a-t-il précisé, ajoutant que la liste d'attente pour le financement de motos électriques était si longue que « nous avons cessé de prendre des acomptes ».
À l’échelle macroéconomique, la facture pour les gouvernements est tout aussi convaincante, voyant dans l’adoption de ce type de véhicules un moyen de compenser les coûts élevés des subventions et des importations de carburant, avec la réduction de la dépendance des approvisionnements pétroliers du golfe Persique.
Succès des véhicules électriques en Afrique de l’Est
Pour plusieurs pays de la partie orientale de l’Afrique, l’alternative des véhicules électriques séduit. Le gouvernement kényan prévoit de supprimer les droits de douane sur les véhicules de ce genre, alors que l'Éthiopie a interdit l’importation des véhicules à combustion interne depuis 2024, bâtissant ainsi un parc automobile qui compte, selon le ministère éthiopien des Transports, 115 000 véhicules électriques. Pour sa part, le Rwanda a aussi interdit l'immatriculation de nouveaux mototaxis à moteur à combustion dans sa capitale Kigali, depuis janvier 2025. Résultat : les ventes de véhicules électriques ont augmenté de 28 % en 2025.
Dans ce contexte, l’Agence internationale de l'énergie estime que les ventes de voitures électriques ont augmenté en Afrique à hauteur de 25 000 unités en 2025, contre 4 000 seulement en 2023. La part du lion dans ce marché en plein boom revient au constructeur automobile chinois BYD, dont les ventes représentent 35 % des véhicules électriques écoulés en Afrique en 2025.
Contribution de Trump à la domination chinoise du marché africain de véhicules électriques
Les acteurs du secteur des véhicules électriques se frottent les mains, estimant que le cessez-le-feu au Moyen-Orient ne devrait pas entraver la dynamique de l’engouement africain pour ce type de véhicules. Selon Dustin Kahler, membre du conseil d'administration de l'association kényane pour la mobilité électrique, « on peut affirmer que [Donald] Trump contribuera involontairement davantage à accélérer la transition vers les véhicules électriques que n'importe quel autre président américain », rapporte le Financial Times.
Joseph Hurst-Croft, directeur général d’ARC Ride, fournisseur de batteries et de motos électriques au Kenya qui a conclu un partenariat avec Yadea (principal fabricant chinois de motos électriques) afin de mettre en place une infrastructure d'échange de batteries compatible avec ses propres deux-roues, en est convaincu : « Ormuz a créé une opportunité pour la Chine de [renforcer] sa domination sur le marché africain des véhicules électriques ».