La contestation contre le projet de centre de quarantaine Ebola à Nanyuki a pris une tournure dramatique au Kenya. Deux personnes ont trouvé la mort lors d’une manifestation organisée le 1er juin dans cette ville du centre du pays, selon un organisateur du mouvement et une source sécuritaire cités par Reuters.
D’après Patrick Wahome, l’un des organisateurs de la mobilisation, les deux victimes ont succombé à des blessures par balle après l’intervention de la police contre plusieurs centaines de manifestants rassemblés près de la base aérienne de Laikipia, où doit être installé le centre de quarantaine.
La source sécuritaire a confirmé les décès sans préciser les circonstances exactes. De son côté, le porte-parole de la police, Michael Muchiri, a déclaré ne pas avoir connaissance de ces morts.
Un projet controversé
Le centre prévu à Laikipia doit comprendre 50 lits destinés à accueillir des citoyens américains exposés au virus Ebola en République démocratique du Congo ou en Ouganda. Les autorités américaines ont précisé que seuls des patients asymptomatiques y seraient admis. Les personnes développant des symptômes seraient ensuite transférées vers d’autres pays pour y recevoir des soins spécialisés.
Ce projet suscite cependant une vive opposition au Kenya. De nombreux citoyens accusent Washington de vouloir faire peser sur l’Afrique les risques sanitaires liés à la prise en charge de personnes potentiellement infectées par le virus.
La semaine dernière, la Haute Cour kényane a ordonné la suspension temporaire du projet à la suite d’une plainte déposée par une organisation de défense du droit. Une nouvelle audience était prévue mardi.
Malgré cette décision judiciaire, des avions militaires américains ont continué d’acheminer du personnel et du matériel vers le site ces derniers jours, selon un responsable américain et plusieurs sources diplomatiques.
William Ruto défend le projet
S’exprimant publiquement sur le sujet pour la première fois, le président kényan William Ruto a rejeté les critiques et défendu la création de cette infrastructure.
Selon lui, le centre de Laikipia s’inscrit dans un dispositif plus large de préparation sanitaire nationale et dans le cadre de décennies de coopération entre Nairobi et Washington dans le domaine de la santé.
« Cette installation n’est pas différente des autres structures sanitaires que nous avons à travers le Kenya », a-t-il déclaré devant la presse dans le nord du pays.
Le chef de l’État a également révélé avoir approuvé le projet après une demande formulée par le président américain Donald Trump. Il a affirmé que le centre pourrait accueillir non seulement des ressortissants américains mais aussi des patients d’autres nationalités, y compris des Kényans, même si cette option n’a pas été confirmée par les autorités américaines.
« Nous sommes un gouvernement responsable. Nous savons ce que nous faisons », a insisté William Ruto.