Afrique

Au Maroc, la fin du démarchage téléphonique vers la France menace plus de 40 000 emplois

Une loi française interdisant la prospection sans consentement explicite, effective le 11 août, met en péril des dizaines de milliers d’emplois dans les centres d’appels marocains, très dépendants du marché hexagonal.

La nouvelle réglementation française, adoptée le 30 juin 2025, impose le principe de l’opt-in et risque de provoquer un séisme social au Maroc, où le secteur de l’offshoring de la relation client repose largement sur les appels sortants vers la France.

Une dépendance massive au marché français

Entre 40 000 et 50 000 emplois sont directement menacés, selon le ministre marocain de l'Inclusion économique Younes Sekkouri. Le marché français représente plus de 80 % du chiffre d’affaires des centres de relation client offshore au Maroc. « Il y a une absence assez incompréhensible de statistiques gouvernementales », déplore Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels dans les colonnes du monde.

De nombreux petits centres, souvent non autorisés, risquent la cessation d’activité, tandis que les grands groupes ont déjà diversifié vers du service après-vente ou de l’assistance technique.

« Les salariés sont les maillons faibles de la chaîne », alerte le syndicaliste, évoquant des licenciements brutaux et la précarité des travailleurs, notamment les migrants subsahariens.

La loi française répond à l’exaspération des consommateurs face aux appels incessants, malgré l’existence de Bloctel. Elle accélère un déclin déjà amorcé dans un secteur marqué par la précarité et déjà affecté par le développement de l’intelligence artificielle comme a pu l’expliquer le médias d’information économique marocain Média 24.

Un ancien téléconseiller à Casablanca, Anas Benbrahim, témoigne : « Les Français sont harcelés par les appels. Il était naturel que ce marché finisse par disparaître ».

Les autorités marocaines promettent une stratégie de diversification vers d’autres marchés (Europe, Afrique, Amérique latine), le numérique et l’intelligence artificielle. Mais sur le terrain, les acteurs critiquent le manque d’anticipation et d’accompagnement concret des salariés. Le secteur, qui contribue significativement au PIB, illustre la vulnérabilité d’une économie trop dépendante des décisions réglementaires prises à l’étranger dans un contexte social sensible dans le royaume.