L’Aïd al-Adha a une nouvelle fois rassemblé des millions de fidèles à travers le continent africain. Malgré les difficultés économiques et sécuritaires, cette grande fête musulmane a conservé sa dimension spirituelle, sociale et familiale.
Au Maroc, le Roi Mohammed VI a accompli la prière de l’Aïd à la mosquée « Ahl Fès », à Rabat. Le prêche a rappelé les valeurs de sacrifice, de générosité et de solidarité associées à cette fête, avant le rituel du sacrifice accompli conformément à la tradition musulmane.
En Algérie, le président Abdelmadjid Tebboune a marqué l’occasion par un message de vœux adressé au peuple algérien. Son intervention s’inscrit dans un climat de célébration nationale autour des valeurs de solidarité et de cohésion, au moment où plusieurs pays africains insistent sur la stabilité et l’unité face aux défis du moment.
Au Burkina Faso, la Tabaski, nom couramment donné à l’Aïd al-Adha en Afrique de l’Ouest, a également pris une dimension nationale. Selon la présidence du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a rendu hommage aux forces combattantes engagées contre les groupes armés terroristes. Il a appelé les Burkinabè à renforcer « l’union sacrée » et la solidarité nationale face aux défis sécuritaires. Le chef de l’État a aussi rappelé que l’Aïd el-Kébir représente « le partage, la solidarité et l’engagement communautaire ».
Le mouton de l’Aïd sous pression
Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, la fête a cependant été rattrapée par la hausse du prix du bétail. Les difficultés de transport, les pénuries et l’insécurité ont fortement perturbé les marchés à quelques jours de la Tabaski.
En Côte d’Ivoire, où une grande partie des moutons provient habituellement du Burkina Faso et du Mali, l’approvisionnement a été fortement ralenti. Plusieurs commerçants affirment avoir des centaines de têtes de bétail bloquées aux frontières à cause des restrictions et de l’insécurité sur certaines routes sahéliennes. Résultat : les prix se sont envolés. Des moutons vendus autour de 200 000 francs CFA (environ 305 euros) l’année dernière atteignent désormais entre 250 000 et 500 000 francs CFA (entre environ 380 et 760 euros), selon leur taille.
La même pression se fait sentir au Nigeria. Les prix des moutons ont augmenté d’environ 30 % en un an sur le marché de Lagos. Les commerçants évoquent la hausse du coût du transport, mais aussi l’insécurité persistante dans le nord du pays, où les attaques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de perturber les circuits commerciaux. Pour certains acheteurs, l’achat du mouton ou le voyage familial est devenu impossible.
En Tunisie, la colère des ménages est également forte. Certains moutons dépassent désormais les 2 500 dinars (environ 740 euros), alors que le salaire médian tourne autour de 1 000 dinars (environ 300 euros). Entre inflation, sécheresse, spéculation et hausse du prix du fourrage, beaucoup de familles disent ne plus pouvoir suivre le rythme. Pour maintenir la tradition, certaines sont contraintes de s’endetter.
Insécurité et difficultés d’approvisionnement
Au Mali, les préparatifs de la fête ont été profondément bouleversés par la situation sécuritaire. Le blocus imposé depuis fin avril par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, a ralenti l’entrée des marchandises dans Bamako. Des dizaines de camions et de véhicules de transport ont été incendiés ces dernières semaines.
Dans les marchés de la capitale malienne, les moutons sont beaucoup moins nombreux que les années précédentes et les prix ont fortement augmenté. Certains vendeurs expliquent avoir perdu une grande partie de leur bétail à cause des attaques ou des difficultés de transport. À cela s’ajoutent les pénuries de carburant et les coupures d’électricité, qui compliquent encore davantage les préparatifs des familles.
La crise malienne pèse aussi sur le Sénégal. Plusieurs commerçants sénégalais affirment ne plus pouvoir se rendre au Mali pour acheter du bétail à cause de l’insécurité sur les routes. Cette baisse de l’approvisionnement a entraîné une nouvelle hausse des prix sur les marchés sénégalais, où de nombreuses familles redoutent de ne pas pouvoir acheter de mouton pour célébrer la Tabaski.
À travers le continent, l’Aïd al-Adha 2026 a ainsi gardé sa portée spirituelle et populaire. Mais cette édition a surtout montré la pression exercée par l’insécurité, l’inflation et les difficultés d’approvisionnement sur les familles africaines, qui tentent malgré tout de préserver le sens de la fête.