Pendant des décennies, les forêts africaines ont été présentées comme l’un des principaux puits de carbone de la planète. Ce constat est aujourd’hui remis en cause par une étude internationale publiée fin novembre 2025 dans la revue Scientific Reports, qui met en évidence un changement de rôle majeur : les forêts du continent sont devenues des sources nettes de CO₂ depuis 2010.
Selon les chercheurs, le basculement s’est opéré autour de 2010. Jusqu’à cette date, les forêts africaines absorbaient davantage de carbone qu’elles n’en rejetaient. Mais la tendance s’est ensuite inversée, avec une baisse continue de la biomasse forestière observée entre 2010 et 2017. Les pertes sont estimées à plus de 100 millions de tonnes de biomasse par an sur cette période.
L’étude, menée par plusieurs universités européennes et s’appuyant sur des données satellitaires de la NASA et de l’agence japonaise JAXA, confirme avec un « haut niveau de confiance » que cette transition est réelle. Les auteurs soulignent que les intervalles de confiance statistiques ne se chevauchent pas, excluant une simple variation marginale.
Déforestation et exploitation minière
Les pertes de couvert forestier touchent particulièrement la République démocratique du Congo, Madagascar et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. La forêt du bassin du Congo, souvent qualifiée de « poumon de l’Afrique », reste un acteur majeur du stockage de carbone mondial, mais subit une dégradation progressive liée à la déforestation et à l’exploitation des ressources naturelles.
Les causes sont multiples : expansion agricole, exploitation minière, production de charbon de bois et exploitation forestière commerciale. À cela s’ajoute la pression démographique et la dépendance énergétique des populations rurales au bois de chauffage.
Cette évolution a des conséquences directes sur les équilibres climatiques mondiaux. Les forêts africaines ne jouent plus leur rôle de tampon dans les modèles climatiques utilisés lors des négociations internationales, réduisant les marges de manœuvre pour limiter le réchauffement global à 2°C.
Vers une aggravation des inégalités climatiques
Selon les chercheurs, cette inversion contribue aussi à accentuer les inégalités climatiques : l’Afrique émet une part faible des émissions fossiles mondiales, mais devient un contributeur significatif aux émissions liées à l’usage des sols.
Face à ce constat, plusieurs solutions sont avancées : renforcement de la gouvernance forestière, lutte contre l’exploitation illégale, mécanismes de financement comme REDD+ ou encore programmes de restauration à grande échelle tels que AFR100, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares d’ici 2030.
Mais ces initiatives nécessitent des financements importants, dans un contexte de compétition accrue pour les budgets climatiques internationaux, alors que le rôle des forêts africaines dans la régulation du climat mondial apparaît désormais profondément transformé.