Le débat sur une réforme constitutionnelle, relancé récemment par des figures politiques congolaises, met en lumière les tensions autour de la loi fondamentale promulguée sous Joseph Kabila. Alors que certains y voient une nécessité pour répondre aux défis sécuritaires et économiques, d’autres craignent une remise en cause des principes démocratiques, notamment la limitation des mandats présidentiels, tandis que les réseaux sociaux font également l’objet d’une régulation accrue.
Au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le secrétaire général Augustin Kabuya a affirmé le 7 mars : « Nous allons toucher à cette Constitution. » Il a justifié cette intention par les révisions passées sous Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.
Alors que le second mandat de Félix Tshisekedi doit s’achever en 2028, le ministre des Sports, Didier Budimbu, a été plus explicite, déclarant lors d’un rassemblement : « Nous allons tout droit vers un troisième mandat, nous n’aurons pas honte. »
Des divisions au sein de la majorité et de l’opposition
Ces propos ont provoqué des remous, y compris au sein de la majorité présidentielle. Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat et figure de l’Union sacrée, s’est publiquement opposé à toute modification, estimant que le problème réside dans l’application des textes existants plutôt que dans leur révision.
Cette prise de position a été dénoncée par la rapporteure de la Chambre haute, Nefertiti Ngundianza, qui a affirmé que le bureau du Sénat se range derrière « les idéaux défendus par Félix Tshisekedi ».
L’opposition, quant à elle, s’indigne. Martin Fayulu qualifie le débat d’« inopportun », tandis que Jean-Marc Kabund le juge « moralement inacceptable », en pleine guerre dans l’est du pays.
Le camp de Joseph Kabila avertit d’une « démarche suicidaire » qui défierait le peuple. Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient.
Les autorités de l’Église catholique ont également pris position : le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé ce projet de modification de la Constitution, estimant qu’il détourne l’attention des problèmes que traverse le pays.
Des experts, comme le professeur Jim Nzonguma Mayua dans une tribune, relativisent les arguments des révisionnistes, soulignant que le lieu d’élaboration de la Constitution n’affecte pas sa validité et que l’article 217 sur la souveraineté partagée correspond à une pratique internationale courante.
Il plaide pour une interprétation judiciaire plutôt qu’une révision politique, citant l’exemple américain où la jurisprudence a fait évoluer le texte sans amendements massifs.
Alors que la guerre dans l’est du pays persiste, la priorité donnée à une révision constitutionnelle apparaît pour beaucoup comme une distraction face aux urgences nationales.