Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a cherché à rassurer ses voisins en affirmant que son pays ne nourrissait « aucune intention expansionniste », tout en réaffirmant deux priorités jugées vitales : l’accès à la mer et l’exploitation des ressources du Nil.
Dans un message inhabituellement rédigé en arabe à l’approche du Ramadan, le dirigeant a insisté sur une approche fondée sur le partenariat régional plutôt que sur la confrontation, alors que ses déclarations interviennent dans un climat de fortes inquiétudes diplomatiques en Afrique de l’Est.
Addis-Abeba tend la main
Privée d’accès maritime depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie, devenue le pays enclavé le plus peuplé du monde, considère désormais l’ouverture vers un port comme une nécessité économique et démographique. Addis-Abeba affirme rechercher des accords mutuellement bénéfiques avec ses voisins, tout en rejetant toute ambition territoriale. Cette revendication suscite toutefois des crispations, certains États redoutant une pression politique ou stratégique accrue dans la région.
Parallèlement, la question du Nil demeure au cœur des tensions. Le Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD), méga-barrage lancé en 2011 et aujourd’hui opérationnel, constitue la pièce maîtresse de la stratégie énergétique éthiopienne destinée à alimenter plus de 120 millions d’habitants et à exporter de l’électricité. L’Éthiopie soutient que le projet n’affectera pas significativement le débit du fleuve, qu’elle décrit comme une ressource commune devant favoriser la coopération.
L’Égypte et le Soudan contestent cependant cette lecture. Le Caire considère le Nil comme une question de sécurité nationale, craignant qu’un remplissage ou une gestion unilatérale du barrage ne réduise ses ressources hydriques vitales, historiquement garanties par des accords datant de l’époque coloniale que l’Éthiopie refuse de reconnaître. L’absence d’accord juridiquement contraignant sur la gestion du GERD alimente ainsi un contentieux durable, malgré plusieurs cycles de négociations restés sans issue.
En multipliant les appels à la coopération, Abiy Ahmed tente donc d’équilibrer ambitions nationales et apaisement diplomatique, dans une région où l’eau et l’accès aux routes commerciales demeurent des enjeux stratégiques majeurs.