Afrique

Éthiopie : des camps d’entraînement liés aux miliciens soudanais révélés par des images satellites

Un camp d’entraînement clandestin destiné aux Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises aurait été installé en Éthiopie, selon une enquête de Reuters, publiée le 10 février, basée sur des témoignages concordants et des images satellites, illustrant l’extension régionale du conflit soudanais.

L’Éthiopie abriterait, dans l’ouest du pays, un camp secret destiné à former des milliers de combattants pour les Forces de soutien rapide (FSR), groupe paramilitaire engagé dans la guerre civile au Soudan, selon des informations recueillies par Reuters auprès de plusieurs sources sécuritaires, diplomatiques et gouvernementales. Cette installation constituerait l’un des premiers indices directs d’une implication éthiopienne dans ce conflit, qui s’étend progressivement au-delà des frontières soudanaises.

D’après huit sources citées par l’agence, dont un haut responsable éthiopien, la construction du camp aurait été financée par les Émirats arabes unis, qui auraient également fourni des instructeurs militaires et un soutien logistique. Reuters précise toutefois ne pas avoir pu vérifier de manière indépendante l’implication d’Abou Dhabi ni la finalité exacte du site. Contacté, le ministère émirati des Affaires étrangères a affirmé ne pas être impliqué dans les hostilités au Soudan.

Des images satellites et un financement émirati

L’enquête s’appuie sur une quinzaine de sources familières de la construction et du fonctionnement du camp, ainsi que sur l’analyse d’images satellites montrant des travaux récents dans la région isolée de Benishangul-Gumuz, près de la frontière soudanaise. Selon un document interne des services de sécurité éthiopiens consulté par Reuters, environ 4 300 combattants des RSF y suivaient une formation début janvier, avec des équipements et des fournitures logistiques attribués aux Émirats.

Toujours selon ces sources, les recrues seraient majoritairement éthiopiennes, mais aussi originaires du Soudan et du Soudan du Sud. Certaines auraient déjà été envoyées combattre dans l’État du Nil Bleu, devenu un nouveau front du conflit.

Le site, situé à une trentaine de kilomètres de la frontière, aurait commencé à prendre forme dès avril, avec des opérations de déboisement, avant de s’étendre à partir d’octobre avec l’installation de tentes et de structures métalliques. Des images satellites montrent un camp capable d’accueillir plusieurs milliers de personnes, avec une activité accrue ces derniers mois.

Parallèlement, l’aéroport d’Asosa, à une cinquantaine de kilomètres, fait l’objet de travaux importants depuis 2025. Des hangars, des zones aménagées près de la piste et ce qui semble être une station de contrôle de drones y ont été identifiés par des experts. Selon des sources sécuritaires, ces infrastructures pourraient servir de centre d’opérations aériennes dans l’ouest du pays, notamment en lien avec la situation au Soudan.