Le Maroc renforce progressivement sa coopération avec la Corée du Sud, marquant un tournant discret mais structurant dans sa stratégie de partenariats internationaux, en particulier dans le domaine militaire et technologique. Longtemps centrée sur les États-Unis et l’Europe, la politique d’acquisition de défense du royaume s’ouvre désormais à l’Asie, avec Séoul comme interlocuteur de premier plan.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional marqué par des rivalités militaires accrues en Afrique du Nord et au Sahel, poussant Rabat à moderniser et rationaliser ses capacités.
Une coopération multiforme
Au cœur des discussions figure l’éventuelle acquisition du char sud-coréen K2 Black Panther, considéré comme l’un des blindés les plus performants au monde. Ce choix permettrait au Maroc de renouveler une flotte de chars hétérogène, héritée de différentes générations et origines, tout en améliorant la mobilité, la protection et l’interopérabilité de ses forces terrestres.
En parallèle, Rabat étudie l’achat du système de défense aérienne Cheongung, capable d’intercepter des missiles et des aéronefs à moyenne portée, renforçant ainsi la couverture du territoire national face aux menaces asymétriques et conventionnelles.
Cette coopération militaire ne se limite pas à de simples transactions d’armement. Elle s’inscrit dans une approche globale, incluant transferts de savoir-faire, maintenance locale et perspectives industrielles, un point clé pour le Maroc qui cherche à développer une base industrielle de défense nationale. La Corée du Sud, déjà active dans les secteurs des infrastructures, de l’automobile et des transports au Maroc, voit dans le royaume une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique, stable politiquement et bien positionnée géographiquement.
Sur le plan géopolitique, ce rapprochement illustre la volonté marocaine de diversifier ses alliances, réduire sa dépendance à un nombre limité de fournisseurs et renforcer son autonomie stratégique. Pour Séoul, il s’agit de consolider sa présence en Afrique du Nord et d’affirmer son statut de puissance industrielle et militaire exportatrice. Le partenariat Rabat–Séoul apparaît ainsi comme un levier gagnant-gagnant, mêlant sécurité, industrie et diplomatie.