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Algérie : Ségolène Royal en mission de rapprochement dans un climat de tensions avec Paris

À la tête de l’Association France-Algérie depuis décembre, Ségolène Royal entame le 26 janvier une visite de quatre jours à Alger. Elle ambitionne d’incarner une ligne d’apaisement fondée sur la reconnaissance de crimes coloniaux, la restitution d’objets historiques et une relance des coopérations économiques, dans un contexte diplomatique dégradé.

Ségolène Royal, désignée le 18 décembre à la présidence de l’Association France-Algérie (AFA), s’apprête à effectuer sa première visite officielle à Alger à partir du 26 janvier. Invitée par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) et la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 entend se poser en actrice d’un rapprochement devenu urgent entre les deux rives de la Méditerranée.

Dans un climat de crispation diplomatique persistante, Ségolène Royal assume une posture de médiatrice « hors des canaux officiels ». « La crise est profonde », reconnaît-elle, revendiquant sa « liberté de parole » pour aborder frontalement la question mémorielle. Un axe central de son discours prononcé le 17 janvier à Paris, lors des rencontres nationales de l’AFA.

La mémoire coloniale au cœur de la démarche

La nouvelle présidente de l’AFA plaide pour une reconnaissance explicite de « certains crimes de la colonisation » et dénonce ce qu’elle qualifie de « délégitimation des souffrances ». Elle cible notamment les discours minimisant le passé colonial et appelle à une démarche comparable à celle engagée par d’autres États européens.

Concrètement, Ségolène Royal propose la restitution à l’Algérie de plusieurs objets emblématiques de la période coloniale, parmi lesquels les effets personnels de l’émir Abdelkader conservés au musée de Chantilly, ainsi que le canon Baba Merzoug, exposé à Brest. Elle affirme avoir déjà entamé des démarches auprès des autorités concernées et annonce la création d’un groupe de travail chargé d’établir un inventaire et d’identifier les solutions juridiques possibles. Elle souhaite également relancer le dossier des archives historiques et celui, sensible, des essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien.

Un écho favorable en Algérie

Les prises de position de l’ancienne ministre ont trouvé un large écho dans la presse algérienne. Plusieurs médias ont mis en avant ses propositions sur la reconnaissance des crimes coloniaux et présenté son initiative comme une tentative de sortie de crise entre Alger et Paris.

Cette séquence intervient alors que le Parlement algérien débat d’un projet de loi criminalisant la colonisation française. Adopté par l’Assemblée nationale en décembre, le texte prévoit des demandes d’excuses officielles et de réparations, deux points encore en discussion au Sénat.

Dans les milieux économiques franco-algériens, Ségolène Royal est perçue comme une personnalité susceptible de favoriser le dialogue. « Elle incarne une alternative à la ligne dure », estime Michel Bisac, président de la CCIAF, en référence aux responsables politiques français jugés plus fermes sur les dossiers migratoires et sécuritaires.

Sa visite intervient d’ailleurs dans un contexte diplomatique tendu, marqué récemment par la convocation du chargé d’affaires français à Alger après la diffusion d’un reportage polémique sur France 2. Un nouvel épisode révélateur de la fragilité actuelle des relations bilatérales.