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Tensions Alger–Paris : l’Algérie convoque le chargé d’affaires français après un reportage de France 2

Le ministère algérien des Affaires étrangères a convoqué, le 24 janvier, le chargé d’affaires de l’ambassade de France, à la suite de la diffusion sur France 2 d’un reportage qualifié par Alger de «tissu de contre-vérités». Les autorités algériennes dénoncent une «agression» médiatique et pointent l’implication de la représentation diplomatique.

Le climat diplomatique entre l’Algérie et la France connaît un nouvel épisode de tension. Dans un communiqué publié le 24 janvier, le ministère algérien des Affaires étrangères a annoncé avoir reçu au siège du département le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger, en réaction à la diffusion d’un programme de la chaîne publique France 2, présenté comme un documentaire.

Selon Alger, le contenu du reportage est « profondément offensant et inutilement provocateur ». Les autorités algériennes estiment qu’il s’agit en réalité d’une production véhiculant des informations inexactes et portant atteinte à l’image de l’État algérien, de ses institutions et de ses symboles.

Une responsabilité attribuée aux autorités françaises

Dans son communiqué, la diplomatie algérienne met directement en cause la responsabilité de la chaîne publique française, soulignant qu’un tel contenu n’aurait pu être diffusé « sans la complicité ou, à tout le moins, l’assentiment de sa tutelle publique ». Alger va plus loin en dénonçant l’implication de l’ambassade de France et de l’ambassadeur lui-même dans ce qu’elle qualifie de « campagne outrageante ». Cette participation est jugée contraire aux usages diplomatiques et alimente, selon le ministère, le sentiment que cette production médiatique aurait bénéficié d’un appui officiel.

Les autorités algériennes considèrent également cet épisode comme une nouvelle étape dans ce qu’elles décrivent comme une « escalade des menées anti-algériennes » entretenues par certains milieux officiels français. Une dynamique qui, selon Alger, contribue à maintenir les relations bilatérales dans un climat de crise permanente.

France 2 revient sur les ressorts de la crise entre Alger et Paris

La réaction d’Alger fait suite à la diffusion, le 22 janvier, d’un numéro de l’émission Complément d’enquête sur France 2, consacré aux causes et aux ressorts de la crise diplomatique entre la France et l’Algérie. Le programme revient notamment sur la dégradation des relations bilatérales depuis la reconnaissance par le président français Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental à l’été 2024.

L’émission aborde également plusieurs dossiers sensibles, dont les activités présumées des services de renseignement algériens en France, le rôle de la diaspora et certaines orientations de la politique française.

Elle s’appuie, entre autres, sur un document du contre-espionnage français évoquant des actions d’influence auprès d’élus d’origine algérienne et évoque des affaires controversées, comme l’enlèvement en France de l’opposant algérien Amir DZ ou la surveillance de militants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie.

Alger se réserve le droit de réagir

Le gouvernement algérien affirme avoir condamné « avec une extrême vigueur » le contenu du reportage et les accusations qu’il véhicule. Il exprime également sa « très forte désapprobation » quant au rôle attribué à l’ambassadeur de France à Alger, estimant que ces agissements sont incompatibles avec les missions diplomatiques telles que définies par les conventions internationales.

En conclusion de cette démarche diplomatique, le ministère des Affaires étrangères indique avoir notifié au diplomate français que l’Algérie se réserve le droit de donner « toutes les suites qu’appelle la gravité de tels agissements ». Une formulation qui laisse ouverte la possibilité de mesures diplomatiques ou politiques supplémentaires.