L’initiative des victimes des événements politiques au Sénégal, ayant eu lieu entre mars 2021 et février 2024, a interpellé le gouvernement ce 29 août, pointant les lenteurs des enquêtes et des procédures judiciaires dans ce dossier. Les membres du collectif, baptisé « Justice pour nos martyrs », exigent une accélération des procédures pour faire la lumière sur les décès survenus avant la présidentielle du 24 mars 2024 et annoncent une manifestation nationale ce samedi 30 août 2025.
Un dossier judiciaire qui « ne bouge pas »
Pour Ousmane Sarr, membre de l’initiative citoyenne des victimes, « с’est une énorme surprise de constater que depuis l’avènement du nouveau régime, ce dossier judiciaire ne bouge pas », rappelant que 18 mois après l’arrivée du nouveau gouvernement au pouvoir, il reste au point mort. En invoquant l’engagement et le soutien du président sénégalais en faveur des victimes, Ousmane Sarr a revendiqué le droit des citoyens « de faire pression sur la justice », reconnu selon lui par le discours du chef de l’État sénégalais.
La justice avant l’indemnisation
Le ministère de la Famille et des Solidarités a récemment indiqué des mesures pour accélérer le processus d’indemnisation. Dans ce contexte, l’État du Sénégal avait fait état de l’indemnisation d’au moins six familles de victimes qui ont reçu chacune 10 millions de francs CFA, alors que plus de 1900 détenus avaient, quant à eux, perçu 500 000 francs CFA chacun.
Sauf que pour l’initiative citoyenne des victimes, la justice est prioritaire aux indemnisations, comme en témoignent les propos de Mamadou Lamine Sambou, membre de l’initiative citoyenne des victimes, qui a affirmé que « c’est une question d’honneur, une question de dignité. Pour que les gens puissent faire leur deuil, il faut d’abord que ceux qui étaient à l’origine de ces atrocités soient traduits en justice. Pour nous, c’est beaucoup plus sacré que de donner de l’argent, que de parler d’indemnité ».
Ne pas se précipiter pour éviter les « vices de forme », selon le ministre de la Justice
Interpellé sur la question, le ministre sénégalais de la Justice, Ousmane Diagne, a déclaré lors d’une session à l’Assemblée nationale qu’« il ne s’agit pas d’un travail facile, et il est important que ces investigations soient menées avec le maximum de rigueur et de célérité […] on ne peut pas se permettre de traiter des faits d’une telle gravité que ce soit dans le cadre de cette affaire, que je viens de citer, ou dans le cadre de la reddition des comptes et que dans la précipitation on puisse se permettre de commettre des erreurs constitutives de vices de forme qui pourraient à terme conduire à une relaxe ou à une décision défavorable ». Pour le ministre, afin de répondre à la demande sociale tout en respectant la légalité, « il faut faire en sorte que les dossiers aboutissent, et aboutissent bien ».
Les victimes ne sont pas convaincues
Si les propos du ministre ne semblent pas convaincre les membres de l’initiative citoyenne, certains ex-détenus vont même jusqu’à remettre en question le combat qu'elle a entamé. Ils s’interrogent sur la posture des leaders de l’initiative à tel point que l’une des victimes, un ancien détenu, avait interrompu la conférence de presse du collectif. « Nous n’allons pas accepter que ces gens parlent à notre place. Nous n’allons pas accepter qu’une marche nationale soit organisée en notre nom sans les véritables acteurs. Nous sommes tous membres de ce rassemblement », a-t-il objecté.