Afrique

Le Burkina Faso expulse trois diplomates français pour «activités subversives»

Ouagadougou a déclaré «persona non grata» trois diplomates français, dont deux conseillers politiques de l'ambassade de France, pour «activités subversives», selon des informations de l'AFP. Ils doivent quitter le Burkina Faso.

Trois diplomates français ont été déclarés persona non grata sur le territoire du Burkina Faso, pour «activités subversives», a fait savoir le ministère des Affaires étrangères burkinabè dans une note adressée à l'ambassade de France à Ouagadougou dont l'AFP a obtenu copie ce 18 avril.

Ils «sont priés de quitter le territoire du Burkina Faso dans les prochaines 48 heures», précise la note datée du 16 avril.

«La décision des autorités burkinabè ne repose sur aucun fondement légitime. Nous ne pouvons que la déplorer», a répondu ce 18 avril Christophe Lemoine, porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, qui a également jugé «infondées» les accusations portées à l'encontre des Français. 

Les relations entre Paris et Ouagadougou se sont considérablement dégradées depuis l’arrivée au pouvoir en septembre 2022 du capitaine Ibrahim Traoré, qui a fait de la souveraineté du pays le principe de sa gouvernance, remettant en cause la présence de l’ancien pays colonisateur. Ainsi a-t-il dénoncé un accord militaire de 1961 avec la France et obtenu le retrait des troupes françaises.

Plusieurs précédents

Un an auparavant, en décembre 2022, le gouvernement burkinabè avait expulsé deux Français qui travaillaient pour une société du pays, soupçonnés par les autorités d'être des espions.

Le 1er décembre 2023, quatre fonctionnaires français, accusés d'être des agents du renseignement par Ouagadougou et des techniciens de maintenance informatique selon une source diplomatique française de l'AFP, avaient été incarcérés. Ils se trouvent aujourd'hui en résidence surveillée, selon des sources sécuritaires burkinabè de l'Agence France-Presse.

L'ambassadeur de France à Ouagadougou, rappelé après le coup d'État, n'a pas été remplacé depuis. 

Depuis deux ans, le Burkina Faso s'est rapproché de ses deux voisins, le Mali et le Niger, eux aussi gouvernés par des militaires et faisant aussi face à une menace djihadiste récurrente, mais aussi de la Russie. 

Moscou a favorisé un rapprochement avec le Burkina Faso, alors que celui-ci a tourné le dos à l'ancienne puissance coloniale française depuis la prise de pouvoir en septembre 2022 du capitaine Ibrahim Traoré. Les ouvertures diplomatiques se sont multipliées depuis, le militaire déclarant à Saint-Pétersbourg lors du Forum Russie-Afrique de juillet 2023 que la Russie était leur «véritable amie». 

Le Burkina Faso est confronté depuis 2015 à des violences djihadistes attribuées à des mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique qui ont fait près de 20 000 morts et plus de deux millions de déplacés internes. En matière de sécurité, les autorités du pays considèrent que seul un partenariat avec Moscou permettra de juguler cette menace et de ramener la stabilité dans le pays.